Vos photos
Photos de chantier sur son site : faut-il l’accord du client ?
Par Bruno Vigné, fondateur de VIGNEDEV · Publié le
Un propriétaire n’a pas de droit exclusif sur l’image de son bien, a jugé la Cour de cassation : au titre de sa propriété, il peut s’opposer à un usage qui lui cause un trouble anormal. Une personne reconnaissable doit donner son accord ; une adresse ou une plaque peuvent identifier quelqu’un. Le plus sûr : l’accord écrit du client.
Cette page fait partie du guide Création de site internet pour artisan.
Vos chantiers sont ce que vos futurs clients veulent voir. Mais chaque photo est prise chez quelqu’un, et la question revient : faut-il son accord pour la publier ? La réponse n’est pas la même pour les personnes, pour la maison et pour ce qui permet de savoir chez qui l’on est. Ce guide les sépare, avec les textes lus à la source, puis dit ce que nous conseillons, en distinguant bien le conseil de l’obligation.
Une photo de chantier, trois questions
Sur une même image, on peut voir votre client, sa maison, et le numéro de sa rue. Ce ne sont pas les mêmes règles, et chacune a ses cas particuliers.
| Ce que montre la photo | Ce qui s’applique | Ce que nous conseillons |
|---|---|---|
| Votre client, ses enfants, un voisin, un compagnon, reconnaissables | Le droit à l’image : leur autorisation est nécessaire | Leur accord écrit, ou une photo où personne n’est reconnaissable |
| La maison, la façade, la pièce refaite | Pas de droit exclusif du propriétaire sur l’image de son bien, sauf trouble anormal | L’accord du client quand même : c’est chez lui |
| Une plaque d’immatriculation, un numéro de rue, un nom sur la boîte aux lettres | Des informations qui permettent d’identifier quelqu’un, selon la CNIL | Recadrer ou flouter avant de publier |
| L’intérieur habité : photos de famille, courrier, objets personnels | Le respect de la vie privée de ceux qui y vivent | Ranger ou recadrer, et ne rien publier que le client n’a pas vu |
| Un commerce, des bureaux, un local professionnel | Les coordonnées d’une entreprise ne sont pas, en principe, des données personnelles | L’accord du dirigeant, et les salariés hors du cadre |
Les personnes : leur accord d’abord
La fiche de Service-Public sur le droit à l’image, écrite pour la personne photographiée, pose la règle ainsi : « Le droit à l’image permet à toute personne de s’opposer à la diffusion d’une image sur laquelle elle est reconnaissable, même si elle a été prise dans un lieu public comme une université. Cela concerne tous les supports : un site internet, mais aussi un blog, un réseau social... » Et chez quelqu’un, c’est plus net encore : « Dans le cas d’une image prise dans un lieu privé, votre autorisation est nécessaire si vous êtes reconnaissable ».
Sur un chantier, cela vise votre client qui pose devant sa cuisine neuve, l’enfant qui traverse le jardin, le voisin à sa fenêtre, et aussi votre apprenti sur l’échafaudage. Pour un mineur, l’autorisation des parents est nécessaire. Notre page consacrée aux photographes détaille ce que la même fiche demande à cet accord : sa forme, sa précision, et ce qui se passe quand il manque.
La maison : ce qu’a jugé la Cour de cassation
En 2004, la Cour de cassation, réunie en assemblée plénière, a tranché le cas d’un promoteur qui avait reproduit dans ses dépliants publicitaires la façade d’un hôtel particulier historique, sans que son propriétaire ait été consulté. Celui-ci demandait réparation. La Cour a répondu que « le propriétaire d’une chose ne dispose pas d’un droit exclusif sur l’image de celle-ci », et qu’il peut « toutefois s’opposer à l’utilisation de cette image par un tiers lorsqu’elle lui cause un trouble anormal ». Elle a relevé qu’un tel trouble n’était pas établi, et rejeté le pourvoi du propriétaire.
Pour vous, cela veut dire que le propriétaire n’a pas de monopole sur l’image de sa maison : publier la photo de la façade que vous avez ravalée ne demande pas, en soi, son autorisation ; il pourrait en revanche s’opposer à un usage qui lui causerait un trouble anormal. Mais la décision a ses limites. Elle ne dit pas ce qu’est un trouble anormal en général, et nous ne le dirons pas à sa place. Elle porte sur le droit de propriété : elle ne parle ni des personnes, ni de la vie privée de ceux qui habitent la maison, ni de l’intérieur d’un logement.
L’adresse, la plaque, le nom : quand la photo parle de quelqu’un
La CNIL rappelle qu’une personne peut être identifiée « indirectement (exemple : par un numéro de téléphone ou de plaque d’immatriculation, un identifiant tel que le numéro de sécurité sociale, une adresse postale ou courriel, mais aussi la voix ou l’image) », et aussi « à partir du croisement d’un ensemble de données ».
Une photo de salle de bains sans rien autour ne dit rien de personne. La même, avec en légende le nom du client et sa rue, sa voiture dans l’allée et sa plaque lisible, dit où ils vivent et ce qu’ils ont fait refaire. C’est là qu’une photo de chantier cesse de montrer un travail pour parler d’une famille. Or, rappelle Service-Public dans une fiche écrite pour la personne concernée, le droit au respect de la vie privée « permet d’autoriser ou de refuser la divulgation d’informations concernant votre vie privée » : ici, celle de votre client.
Pensez aussi à ce qui ne se voit pas : une photo prise au téléphone peut garder en mémoire le lieu de la prise de vue, si la localisation de l’appareil photo est activée. Coupez-la avant de photographier vos chantiers.
Chez un professionnel, la CNIL précise que des coordonnées d’entreprises « ne sont pas, en principe, des données personnelles ». Les personnes qui y travaillent, elles, gardent leur droit à l’image.
Ce que la loi n’exige pas, et ce que nous conseillons quand même
Pour une photo de la maison seule, sans personne reconnaissable ni rien qui permette de savoir chez qui elle a été prise, nous n’avons lu aucun texte qui impose l’accord du propriétaire. Si quelqu’un vous affirme que la loi l’exige dans ce cas, demandez-lui quel texte.
Nous conseillons pourtant de le demander, par écrit, pour trois raisons. C’est chez votre client : il découvrira un jour sa salle de bains en cherchant votre nom, et c’est de sa recommandation que vous vivez. La frontière entre une maison et la vie de ceux qui l’habitent n’est pas toujours nette, surtout à l’intérieur. Et un accord écrit évite d’avoir à discuter un jour d’un trouble anormal. Nous ne rédigeons pas de clause : pour la formulation, voyez un juriste ou votre organisation professionnelle.
Demander l’accord, en pratique
Ce dernier point compte plus qu’il n’y paraît. La CNIL conseille à la personne qui découvre sa photo en ligne sans son accord de s’adresser d’abord au responsable du site, puis, sans réponse au bout d’un mois, de porter plainte auprès d’elle. Une photo retirée dans la journée clôt la question avant qu’elle ne commence.
- Une ligne dans le devis ou le bon de commande : les photos du chantier pourront paraître sur votre site et vos réseaux, sans personne reconnaissable et sans l’adresse.
- Un oui ou un non, à cocher, et le choix laissé au client : l’extérieur, l’intérieur, ou les deux.
- En légende, le type de travaux, et au plus la commune ; jamais la rue ni le nom du client.
- Si le client le souhaite, les photos choisies lui sont montrées avant d’être publiées.
- Le retrait sur simple demande, le jour même, sans discussion.
Avant de publier : ce que vous recadrez
- Les visages et les silhouettes reconnaissables : le client, ses enfants, les voisins, vos compagnons.
- Les plaques d’immatriculation, dans l’allée comme dans la rue.
- Le numéro de la maison, la plaque de la rue, le nom sur la boîte aux lettres ou l’interphone.
- Le courrier, les papiers posés sur une table, un écran allumé.
- Les photos de famille, les diplômes, tout objet très personnel.
- Les reflets dans un miroir, une vitre ou une baie vitrée, où l’on reconnaît parfois quelqu’un.
- La vue depuis la rue, si votre client ne veut pas que sa maison soit reconnue.
Sur votre site : montrer le travail, pas la maison
Votre futur client ne cherche pas à savoir chez qui vous avez travaillé : il veut voir la qualité d’un joint, l’aplomb d’une pose, la différence entre avant et après. Un cadrage serré sur l’ouvrage le montre mieux qu’une vue d’ensemble, et il ne dit rien de la famille qui vit autour. Une légende qui nomme le problème de départ, les travaux et les matériaux vaut mieux qu’une adresse.
Votre site est livré avec son interface d’administration : vous modifiez vos textes, vos photos et vos contenus vous-même, sans frais et sans nous solliciter. Un client qui change d’avis, une photo à retirer : vous le faites vous-même, le jour même. Avant la mise en ligne, nous relisons avec vous les photos choisies, cette liste à la main.
Questions fréquentes
Des réponses courtes et franches. S’il manque la vôtre, écrivez-nous.
Peut-on publier la photo de la maison d’un client sans son accord ?
Pour la maison seule, la Cour de cassation juge que le propriétaire n’a pas de droit exclusif sur l’image de son bien, mais qu’il peut s’opposer à un usage qui lui cause un trouble anormal. Dès qu’une personne est reconnaissable ou que l’adresse se devine, d’autres règles s’ajoutent. Nous conseillons de demander l’accord, par écrit.
Faut-il flouter les plaques d’immatriculation sur une photo de chantier ?
Nous le conseillons, ou de recadrer la photo. La CNIL range le numéro de plaque d’immatriculation parmi les informations qui permettent d’identifier une personne indirectement. Une plaque lisible devant une maison aide à savoir qui y vit.
L’accord du client doit-il être écrit ?
Pour une personne reconnaissable, Service-Public parle d’un accord écrit. Pour la maison seule, nous n’avons lu aucun texte qui exige un écrit ; l’écrit est surtout votre preuve. Une ligne dans le devis, avec une case à cocher, suffit à la garder.
Et pour un chantier dans un commerce ou des bureaux ?
Selon la CNIL, les coordonnées d’une entreprise ne sont pas, en principe, des données personnelles. Les salariés qui y travaillent gardent en revanche leur droit à l’image. Demandez l’accord du dirigeant, et photographiez l’ouvrage hors des heures d’ouverture ou sans personne dans le cadre.
Peut-on indiquer la commune du chantier sous la photo ?
Oui, si rien d’autre ne permet de retrouver la maison. La CNIL rappelle qu’on identifie aussi quelqu’un en croisant plusieurs informations : dans un petit village, une façade reconnaissable et le nom de la commune suffisent parfois. Dans ce cas, préférez un cadrage serré sur l’ouvrage.
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